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	<title>Société de Médecine Complexe</title>
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	<description>La pensée complexe au service de la médecine</description>
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		<title>Vaccination et réflexion dialogique</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2010 16:10:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel Bolzinger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles généraux]]></category>

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		<description><![CDATA[La logique du médecin épidémiologiste et du médecin généraliste n&#8217;est pas identique.
Lorsqu&#8217;un épidémiologiste observe les chiffres de mortalité imputable à une maladie (hépatite B, grippe…) il sait qu&#8217;il a la possibilité de sauver des centaines voire des milliers de vies en lançant une campagne de vaccination de masse, au prix d&#8217;effets secondaires acceptables sur un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La logique du médecin épidémiologiste et du médecin généraliste n&#8217;est pas identique.</strong></p>
<p>Lorsqu&#8217;un épidémiologiste observe les chiffres de mortalité imputable à une maladie (hépatite B, grippe…) il sait qu&#8217;il a la possibilité de sauver des centaines voire des milliers de vies en lançant une campagne de vaccination de masse, au prix d&#8217;effets secondaires acceptables sur un plan populationnel.</p>
<p>Lorsqu&#8217;un généraliste se trouve face à un patient n&#8217;ayant aucun facteur de risque particulier, il estime que sa probabilité est nettement moindre que la prévalence générale de la maladie alors même que le risque d&#8217;effet secondaire du vaccin reste identique à celui de la population générale. La décision de vacciner sera ainsi différente selon qu&#8217;il considère le rapport bénéfice-risque sur le plan individuel ou selon les directives de santé publique.</p>
<p>A l&#8217;heure de la judiciarisation de la médecine, tel patient qui contracterait la maladie pourrait se retourner contre celui qui lui a déconseillé la vaccination alors que les directives gouvernementales l&#8217;y enjoignaient, tel autre, victime d&#8217;un effet secondaire du vaccin pourrait se retourner contre ce même médecin dès lors que les faibles risques de contracter la maladie ne justifiaient pas une telle iatrogénie.</p>
<p><strong>Dès lors comment s&#8217;en sortir ? comment avancer dans cette problématique complexe ?</strong></p>
<p>Il apparaît assez rapidement que nous nous trouvons dans une situation de caractère <a href="../un-outil-complexe/" target="_blank">dialogique</a> ou apparaît le caractère indissociable d&#8217;une chose (l&#8217;intérêt individuel) d&#8217;avec son contraire (l&#8217;intérêt populationnel). Quelle pourrait être dès lors, la solution métalogique à ce casse tête ?</p>
<p><strong>Partons des deux constats suivants :</strong></p>
<p>L&#8217;adhésion des individus à des directives gouvernementales est faible. (singulièrement lorsqu&#8217;elles s&#8217;appliquent à des domaines pour lesquelles les gouvernants n&#8217;ont pas reçu un mandat explicite des citoyens par référendum)</p>
<p>L&#8217;adhésion des individus (particulièrement des jeunes générations) à des causes de portée humanitaire est forte. (accidents nucléaires, réchauffement climatique, armes chimiques…) L&#8217;appartenance de l&#8217;individu à l&#8217;espèce humaine est assez intuitive. Et lorsque l&#8217;intuition ne suffit pas, la contemplation des duellistes sur un marécage du <a href="http://www.quatre-mats.com/article.php3?id_article=29&amp;recalcul=oui" target="_blank">tableau de Goya</a> suffit à convaincre les sceptiques.</p>
<p><strong>Les trois composantes essentielles du phénomène humain :</strong></p>
<p>A la suite de ces deux constats, il faut en faire un troisième qui est celui de l&#8217;existence des groupes se posant en intermédiaire.<br />
Dès lors il y a l&#8217;individu, le groupe, l&#8217;humanité.</p>
<p>Le groupe ? par exemple le clan, le club sportif, la secte, le groupe commercial, les églises, les syndicats, les partis politiques les nations, les ethnies, les races dont le mode d&#8217;interférence est toujours le même, il y a les adhérents et les autres, les semblables et les autres, les français qu&#8217;on vaccine et les autres, résidant de l&#8217;autre côté des pointillés de la carte.</p>
<p>Le groupe s&#8217;interpose, s&#8217;impose comme intermédiaire en parasitant la médiation (inter-média) entre l&#8217;individu et l&#8217;espèce humaine. En matière de gestion des pandémies, les groupes (gouvernements) constituent un intermédiaire le plus souvent délétère.</p>
<p><strong>Dès lors, quel interlocuteur ?</strong></p>
<p>Le seul qui puisse être légitime en matière de pandémies et plus généralement d&#8217;infectiologie dès lors qu&#8217;on veut bien tenir compte de la très importante notion de pathocénose, semble être l&#8217;Organisation Mondiale de la Santé, avec toutes les réserves que cela comporte notamment en termes de conflits d&#8217;intérêt (OMS ou création d&#8217;un organisme du même ordre).</p>
<p><strong>Que peut on en attendre face à la gestion d&#8217;une pandémie p.ex:</strong></p>
<ul>
<li>une explication concernant la dangerosité potentielle d&#8217;une maladie</li>
<li>une explication concernant les effets bénéfiques d&#8217;un vaccin en termes de morbi-mortalité (et non en critères intermédiaires) ainsi que sur le niveau d&#8217;incertitude quant à son efficacité</li>
<li>une explication concernant les effets secondaires potentiels de ce vaccin et un suivi des notifications en temps réel</li>
<li>une argumentation des données par des références lisibles et explicites pointant vers des publications consultables et vérifiables par tous</li>
<li>une obligation de  déclaration de liens d&#8217;intérêt  à l&#8217;instar de l&#8217;article L4113-13 du Code de la Santé Publique français (inséré par la Loi n°2002-303 du 4 mars 2002, art. 26 du Journal Officiel du 5 mars 2002) . Il serait dès lors simple de leur affecter un voyant vert, orange ou rouge selon l&#8217;absence ou l&#8217;importance de leurs conflits d&#8217;intérêts.</li>
<li>Cela concerne bien évidemment les média pour lesquels il semble qu&#8217;il soit nécessaire de développer toutes les nuances du rouge dans certains pays.</li>
<li>Si des arbitrages devaient être rendus, (qui vacciner préférentiellement, dans quel ordre…) afin que ceux ci soient crédibles, ils devraient être réalisés de façon rationnelle non ambiguë et toujours dans la transparence.</li>
<li>Il resterait alors à chaque citoyen d&#8217;effectuer une pondération entre les effets potentiels du vaccin et les dégâts potentiels de la maladie</li>
<li>Cette pondération nécessiterait que soit développé un esprit critique tout au long de la formation des citoyens grâce à un système éducatif raisonné et par des enseignants eux même aguerris à l&#8217;analyse critique.</li>
</ul>
<p>Il va de soi que cela ne va pas dans le sens des intérêts des groupes-intermédiaires-gouvernants. Il est très facile de constater que leur politique consiste à s&#8217;opposer point par point à cette liste d&#8217;items.</p>
<div>
<p>Cet essai de réflexion dialogique destiné à désembourber le généraliste de sa schize décisionnelle en infectiologie est évidemment ouverte à vos appréciations et remarques</p>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Distinguer &amp; Relier en Médecine Générale</title>
		<link>http://www.someplexe.org/2009/12/distinguer-relier-en-medecine-generale/</link>
		<comments>http://www.someplexe.org/2009/12/distinguer-relier-en-medecine-generale/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 09:14:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Dizien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Thèses]]></category>

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		<description><![CDATA[La médecine est-elle à l'aube de la constitution de sa voie personnelle apte à relier, contextualiser, globaliser, et en même temps à reconnaître le singulier, l'individuel, le concret ? Apte à concevoir l'organisation tout en traitant avec l'incertitude ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet article est extrait de la conclusion de ma thèse de médecine (“Des données actuelles de la science à leur application en pratique ambulatoire : l&#8217;adoption d&#8217;un modèle holistique proposé par la WONCA en 2002 : revue de littérature.”) disponible </em><a href="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/12/résumé-THESE-André-Dizien.pdf">ici en résumé</a><em> et </em> <a title="Thèse de doctorat en Médecine d'André Dizien" href="http://www.someplexe.org/documents/THESE%20A%20DIZIEN.pdf" target="_blank">là en texte intégral</a>.</p>
<blockquote><p>« La pluralité humaine, condition fondamentale de l&#8217;action et de la parole, a le double caractère de l&#8217;égalité et de la distinction. Si les hommes n&#8217;étaient pas égaux, ils ne pourraient se comprendre les uns les autres, ni comprendre ceux qui les ont précédés, ni préparer l&#8217;avenir et prévoir les besoins de ceux qui viendront après eux. Si les hommes n&#8217;étaient pas distincts, chaque être humain se distinguant de tout autre être présent, passé ou futur, ils n&#8217;auraient besoin ni de la parole, ni de l&#8217;action pour se faire comprendre. Il suffirait de signes et de bruits pour communiquer des désirs et des besoins immédiats et identiques. »</p></blockquote>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Hannah ARENDT<sup>1</sup></p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">
<p>« Amis médecin vos deux têtes me fascinent »<sup>2</sup> ! Année après année, les médecins deviennent de curieux êtres bicéphales ; de sages dérodymes « qui savent que l&#8217;individu résiste en substance aux idéalités pourtant nécessaire à sa compréhension. Et que nous ne pouvons saisir la vie sans ce double apport contradictoire. »<sup>3</sup></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/12/Dérodyme.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-118" src="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/12/Dérodyme-295x300.png" alt="Dérodyme" width="207" height="210" /></a></p>
<p>« Pour cela, l&#8217;apprenti médecin doit être formé aux bases techniques bio-médicale de son métier : aux principes d&#8217;ordre, de séparabilité et de logique, à reconnaître le singulier, l&#8217;individuel, le concret. »<sup>4</sup></p>
<p>« Il est aussi tenu de centrer son exercice sur ce patient qui ne peut être séparé en soma et psyché lors de la consultation. Le médecin doit savoir affronter l&#8217;incertitude, la contextualité, la globalité. Il doit être apte à relier ses connaissances scientifiques à cette personne, toujours unique. Une tête reste dans la science, l&#8217;autre plonge dans le paysage ».<sup>5</sup></p>
<p>« Porter sur ses épaules savoir et compassion n&#8217;est pas chose aisée. Certains montrent un gros crâne scientifique et un petit empirique, alors que d&#8217;autres ont tendance à inverser la proportion. »<sup>6</sup></p>
<p style="text-align: left;">Alors faut-il voir venir ? Ou doit-on réfléchir à ce besoin éprouvé par le médecin qui confronte la totalité humaine qu&#8217;est son malade avec une théorie et une technique ?  Ce besoin ressenti dans d&#8217;autres disciplines scientifiques :<strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><br />
« relier tout en distinguant »</strong></p>
<p style="text-align: left;">Penser la complexité, traiter l&#8217;incertitude, relier science et subjectivité réclament des outils qui, au minimum, n&#8217;ajoutent pas l&#8217;ambiguïté et la confusion à la difficulté de la tache.</p>
<p>La définition de la santé de l&#8217;O.M.S nécessite une pensée apte à saisir la multidimensionnalité des réalités, à connaître le jeux des interactions et des rétroactions, à affronter la complexité irréductible du vivant ; les intrications sans fin des affaires humaines. Une méthode qui ne cède pas aux manichéismes idéologiques.</p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P.sdfootnote-western { margin-left: 0.7cm; text-indent: -0.7cm; margin-top: 0.1cm; margin-bottom: 0cm; font-size: 10pt; so-language: de-DE; line-height: 100%; text-align: justify } 		P.sdfootnote-cjk { margin-left: 0.7cm; text-indent: -0.7cm; margin-top: 0.1cm; margin-bottom: 0cm; font-size: 10pt; line-height: 100%; text-align: justify } 		P.sdfootnote-ctl { margin-left: 0.7cm; text-indent: -0.7cm; margin-top: 0.1cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%; text-align: justify } 		P { margin-bottom: 0.21cm } --></p>
<p style="text-align: left;" lang="fr-FR">Cette nouvelle situation, cette aventure de la distinction et du lien ne peut être portés par une énième acception de l&#8217;holisme (comme proposé dans la définition WONCA de la Médecine Générale en 2002<sup>7</sup> )<br />
</span></span></p>
<h3 style="text-align: left;">À l&#8217;aube d&#8217;une méthode pour la médecine générale :</h3>
<p style="text-align: left;">D&#8217;autres disciplines scientifiques, confrontées aux défis postmodernes identiques, de la science et du sens, ont ouvert des voies originales.</p>
<p style="text-align: left;">Le dogme réductionniste mène à une « intelligence parcellaire, compartimentée, mécaniste, disjonctive, qui brise le complexe du monde en fragments disjoints, fractionne les problèmes, sépare ce qui est relié, unidimensionnalise le  multidimensionnel. Qu&#8217;il s&#8217;agit là, d&#8217;une intelligence à la fois myope, presbyte, daltonienne, borgne ; qui finit le plus souvent par être aveugle. Elle détruit dans l’œuf toutes les possibilités de compréhension et de réflexion, éliminant aussi toutes chances d&#8217;un jugement correctif ou d&#8217;une vue à long terme. Ainsi, plus les problèmes deviennent multidimensionnels, plus il y a incapacité à penser leur multidimensionnalité ; plus progresse la crise, plus progresse l&#8217;incapacité à penser la crise ; plus les problèmes deviennent planétaires, plus ils deviennent impensés. Incapable d&#8217;envisager le contexte et le complexe planétaire, l&#8217;intelligence réductionniste aveugle rend inconscient et irresponsable. »<sup>8</sup>.</p>
<p style="text-align: left;">À cette description d&#8217;un réductionnisme mutilant, on peut également superposer celle d&#8217;un holisme global en creux. Holisme qui mené à son terme rend l&#8217;intelligence hypermétrope et la vision floue, éblouie par une lumière homogène. Qui dilue chaque élément dans une globalité molle et rend incapable de penser précisément le distinct. Qui réduit toute pluralité et gomme toute différence en une vision unitaire, uniforme. Qui rend l&#8217;action imprécise et conduit à l&#8217;impuissance et au totalitarisme.</p>
<p>Ces voies nouvelles pour les sciences humaines sont l&#8217;approche systémique et la pensée complexe.</p>
<p style="text-align: left;">La médecine est-elle à l&#8217;aube de la constitution de sa voie personnelle apte à relier, contextualiser, globaliser, et en même temps à reconnaître le singulier, l&#8217;individuel, le concret ? Apte à concevoir l&#8217;organisation tout en traitant avec l&#8217;incertitude ?</p>
<p style="text-align: left;">Cette évolution est probablement inévitable car telle est la direction actuelle de notre culture. L&#8217;interne découvre cela rapidement. Patient après patient, il tente d&#8217;adapter son savoir technique à la complexité irréductible du vivant, aux intrications sans fin des affaires humaines.</p>
<p style="text-align: left;">Le jeune praticien, au cours de sa formation (son évolution), doit s&#8217;entraîner à trouver la bonne distance, le bon rythme, l&#8217;attention adéquate et l&#8217;attitude juste dans la rencontre avec le consultant. « Il doit apprendre à tenir un cap difficile entre les formes canoniques d&#8217;une maladie et le corps, toujours inattendu, de cette patiente ou de ce malade ; entre l&#8217;apprentissage abstrait des amphithéâtres et une expérience humaine dont le profil ne cessent de fluctuer ; bref, les vibrations subtiles entre l&#8217;idée générale et la personne concrète, la notion stable et la mouvance de la singularité irréductible. »<sup>9</sup></p>
<p style="text-align: left;">Ici et là des médecins semblent engagés dans cette aventure par-delà le holisme-réductionnisme.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/12/dizien2.jpg"><img class="size-full wp-image-111 aligncenter" src="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/12/dizien2.jpg" alt="Spirale dessin de Léonard de Vinci" width="322" height="249" /></a></p>
<p style="text-align: center;">
<p>Le comment et le pourquoi ; distinguer et relier ; pouvoir ce que l&#8217;on veut et vouloir ce qu&#8217;il faut. Ces interrogations ne sont-elles pas aussi ancienne que l&#8217;aventure humaine ?</p>
<p>Voici ce que nous apprend François Julien<sup>10</sup> sur l&#8217;homme idéal (Ren) des philosophes chinois :</p>
<p>Il devait réussir à mener sa vie entre terre et ciel. Le nez assez près de la terre pour distinguer. Mais pas trop près au risque de ne plus rien y voir. Ses actes gagnaient alors en précision et distinction, la stratégie devenait possible, et l&#8217;action puissante.</p>
<p>Il devait aussi savoir lever le nez vers le ciel pour relier. Mais pas trop au risque de s&#8217;envoler vers des altitudes ou plus rien d&#8217;humain n&#8217;est distinguable et ou l&#8217;atmosphère devient de plus en plus incompatible avec la vie. Il devenait alors aptes à faire des choix avec sagesse et efficience et devenait un maître dans l&#8217;entretien de la vie.</p>
<p>Ce « Ren » était un but à atteindre car il était censé offrir « la longue vie qui procure la vision sans fin ».<br />
À partir de cette solidité de l&#8217;expérience consciente en nous, se déverse, déborde ses propres prolongements que sont les techniques, les recettes, les arts. Faut-il alors comprendre le savoir-faire, purement et simplement, comme un savoir être ? Agir avec maîtrise n&#8217;est-il pas le propre de celui qui, de tout les savoir, ne retient que le savoir qui égalise le faire et l&#8217;être ?<br />
<em> </em></p>
<p><em><br />
</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_98" class="footnote">Hannah ARENDT, Condition de l&#8217;homme moderne, Paris : Calmann-Lévy, collection pocket Agora, 1961, 406p., pp. 231-232</li><li id="footnote_1_98" class="footnote">Serres, Michel. « L&#8217;éducation médicale vue par un philosophe » (Texte de la conférence prononcée en ouverture du 1er congrès de la société internationale francophone d&#8217;éducation médicale (S.I.F.E.M.), Beyrouth, 1er Juin 2006.</li><li id="footnote_2_98" class="footnote">Ibid.</li><li id="footnote_3_98" class="footnote">Ibid.</li><li id="footnote_4_98" class="footnote">Ibid.</li><li id="footnote_5_98" class="footnote">Serres, Michel. Ibid.</li><li id="footnote_6_98" class="footnote"><span style="font-family: Times New Roman,serif;"><span style="font-size: x-small;">WONCA EUROPE (La société Européenne de médecine générale – médecine de famille) (Préparé par), <em>La définition Européenne de la médecine générale – médecine de famille.</em> WONCA EUROPE, 2002.</li><li id="footnote_7_98" class="footnote">Morin, Edgar. « Le besoin d&#8217;une pensée complexe, in 1966-1996, La passions des idées », Magazine littéraire, Hors Série, décembre 1996</li><li id="footnote_8_98" class="footnote">Serres, Michel. Ibid.</li><li id="footnote_9_98" class="footnote">Jullien F., Traité de l&#8217;efficacité, Grasset col. Biblio essais, 1996.</li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Alain Froment, médecin complexe avant l&#8217;heure</title>
		<link>http://www.someplexe.org/2009/06/alain-froment-medecin-complexe-avant-lheure/</link>
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		<pubDate>Wed, 24 Jun 2009 14:09:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Dupagne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles généraux]]></category>

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		<description><![CDATA[Je recopie ci-dessous des extraits d’un des textes médicaux les plus forts qui m’ait été donné à lire.

Il a été écrit par un homme pour qui la jonction entre la science et l’humain constituait une évidence. Dans le livre que cette préface annonçait, consacré au risque cardiovasculaire, il a fait oeuvre de visionnaire en décrivant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je recopie ci-dessous des extraits d’un des textes médicaux les plus forts qui m’ait été donné à lire.</p>
<div>
<p>Il a été écrit par un homme pour qui la jonction entre la science et l’humain constituait une évidence. Dans le livre que cette préface annonçait, consacré au risque cardiovasculaire, il a fait oeuvre de visionnaire en décrivant <a href="http://www.bmj.com/cgi/content/full/312/7023/71" target="_blank">l’Evidence Based Médecine</a> (EBM) 10 ans avant son avènement.</p>
<p>Sous la pression de gestionnaires à courte vue, l’EBM ou médecine fondée sur des preuves, se transforme en ce que <a href="http://www.atoute.org/n/breve14.html" target="_blank">ses inventeurs craignaient qu’elle devienne</a> : un recueil de recettes de cuisines normalisées. En France, l’assurance maladie entend ne rembourser que ce qui s’inscrit précisément dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Or ces recommandations sont forcément réductrices, gommant la diversité de l&#8217;humain.</p>
<p>Voici ce texte, j’ai ajouté des intertitres pour en faciliter la lecture. <a name="froment"></a></p>
<h2>La science et la compassion</h2>
<p><strong>Par Alain Froment † 1982</strong> [1. Cardiologue (69)<br />
Le texte reproduit ci-dessus est un extrait de l’introduction du fascicule “De l’hypertension à l’hypertendu - Tome I - Editions Boeringer-Ingelheim 1982.]</p>
<p>Qui d’entre nous, au moment d’aider celui qui s’est confié à lui, ne souhaiterait que la science fût encore plus avancée ?<br />
Mais ce qu’on nous présente comme “connaissances scientifiques” évoque bien souvent le bric-à-brac qu’un brocanteur aurait qualifié de salon artistique&#8230;</p>
<p>(&#8230;)</p>
<p>Peut-être parce qu’on ne nous a pas appris l’incertitude, nous ne l’aimons guère. Nous ne devrions cependant pas oublier qu’elle est partout, et représente généralement la seule vérité scientifique disponible en médecine. C’est même sans doute le fruit le plus précieux de la “spécialisation”, pour celui qui accepte de le cueillir, que de découvrir que nos belles constructions se révèlent lézardées dès qu’on les regarde d’un peu près, et ne sont parfois que des mirages.</p>
<blockquote>
<h3>la certitude recèle presque toujours le faux</h3>
</blockquote>
<p>Il nous faudrait nous pénétrer de la tranquille assurance que, si confortable qu’elle soit, la certitude recèle presque toujours le faux, et accepter humblement de n’être qu’un instant dans le lent cheminement de l’esprit humain vers des erreurs moindres ou autres. Et il nous faudrait être instruits non seulement de ce qu’on croit connu, mais aussi de ses lacunes et de ses limites (ou tout au moins de celles qui ont été recensées, puisque, par définition, nous ne saurions faire le catalogue de l’inconnu).</p>
<p>Ce jeu de la certitude et de l’incertitude scientifique est devenu plus subtil avec l’introduction du concept de “risque” (et plus généralement des probabilités) dans notre univers médical.<br />
La notion de risque n’est pas critiquable en soi, et représente même actuellement le meilleur concept pour décrire, ou aborder certains problèmes. Négligeons le fait qu’elle est souvent utilisée abusivement, là où il n’y a qu’hypothèse d’un risque, ou risque négligeable.</p>
<p>Mais lorsqu’elle est utilisée valablement, pour attribuer par exemple une probabilité à diverses éventualités envisageables, et que ces probabilités sont vérifiées dans des groupes, elle demeure inadaptée et mal transmissible à l’individu isolé (celui qui nous consulte), puisque pour lui, comme on l’a dit bien souvent, telle probabilité, par exemple 75 %, ne pourra se concrétiser qu’en 0 % ou 100 %, mais jamais en 75 % ; et que dans son cas particulier, l’incertitude demeure finalement totale, tant que le risque n’est ni extrême, ni infime.</p>
<p>En donnant un “rendez-vous”, même exact, au groupe, nous trompons toujours l’individu, parfois heureusement, mais parfois tragiquement, et tout notre appareil scientifique est impuissant à nous en apprendre davantage.</p>
<blockquote>
<h3>L’erreur et l’incertitude ne sont pas particulières à la science médicale. Mais notre profession a ses particularités.</h3>
</blockquote>
<p>L’erreur et l’incertitude ne sont pas particulières à la science médicale. Mais notre profession a ses particularités. La population qui nous entoure n’est que fort peu incommodée par l’efflorescence des hypothèses sur de nouvelles particules, ou sur les motifs de la guerre de Troie. Mais nous, médecins, lui laissons croire, dans nos exhibitions scientifiques et nos actes quotidiens, que nous détenons des connaissances exactes pour affronter victorieusement la maladie et la mort, objets des préoccupations angoissées de chacun, pour lui ou pour les siens.</p>
<p>Qu’on ne prétende pas qu’elle trouve là comme seule conséquence le bénéfice d’une tranquillité d’esprit : chacun voit persister autour de lui la souffrance et la mort, et peut de plus souffrir de croire qu’elles sont dues à une erreur ou une négligence ; et un nombre croissant d’individus sont préoccupés dans leurs actes quotidiens (alimentation, activité physique), en imaginant que nous savons exactement ce qu’ils devraient faire, alors qu’eux, l’ignorant, se trompent peut-être.<br />
Un énoncé plus exact de la réalité, que nous savons certaines choses, que nous en ignorons beaucoup plus, et que nos connaissances ne signifient généralement pas puissance, peut aussi être une source de sérénité, et permettre à la médecine de retrouver une dimension plus réellement humaine.</p>
<p>Nous serions peut-être alors encouragés à tenir compte des limites de nos connaissances biologiques pour réfréner notre tendance naturelle au dogmatisme, dans nos paroles et nos décisions médicales, et à confronter l’argumentation biologique boîteuse à d’autres éléments qui mériteraient tout autant, sinon plus, d’être pris en considération.<br />
Combien d’ouvrages médicaux, d’articles, de présentations de congrès, et pire encore de décisions thérapeutiques “sur dossier”, réduisent l’individu, comme s’il était un quelconque organisme animal, à un ensemble de chiffres, d’images et de signes, en omettant complètement que cet organisme est habité par l’affection, la joie, la peine, l’angoisse, le désir, qu’il se comporte comme membre d’un groupe et a besoin d’y conserver sa place et sa fonction, que sa vie a d’autres dimensions que sa durée et peut être fondée sur des valeurs profondément différentes des nôtres, mais tout aussi valables qu’elles.</p>
<blockquote>
<h3>Qui connaît d’ailleurs les conséquences biologiques à long terme de la souffrance morale, de l’angoisse, du bien-être, de l’affection ?</h3>
</blockquote>
<p>Ces réalités sont-elles méprisables par ce qu’elles ne sont pas mesurables, ou n’est-ce pas nos connaissances qui sont méprisables de ne pas pouvoir les prendre en compte ? Qui connaît d’ailleurs les conséquences biologiques à long terme de la souffrance morale, de l’angoisse, du bien-être, de l’affection ? On a quelques raisons de les croire importantes : est-ce véritablement la marque d’une attitude scientifique que de ne pas tenir compte de cette éventualité, et est-ce la marque du progrès scientifique que d’anéantir ce que des millénaires de civilisation ont fait de l’Homme ?</p>
<p>Placer la santé ou, de façon plus dérisoire encore, la longévité, comme but ultime, c’est oublier que dans notre vie personnelle, elles ne sont qu’un moyen (pas toujours indispensable) pour atteindre nos objectifs, choisis plus ou moins consciemment selon notre propre échelle de valeurs. Bien souvent, et sans que nous le sachions toujours, nos conseils amènent l’individu à sacrifier à la perspective d’une amélioration de sa santé les valeurs les plus profondes de sa vie. Mais, si pour lui faire accepter ce sacrifice, nous avons présenté de façon trop optimiste ou surestimé notre efficacité thérapeutique, ne lui avons-nous pas fait lâcher la proie pour l’ombre ? Or il peut ne pas sentir cette menace, ou croire que nous l’avons prise en considération, ou nous imaginer plus efficaces que nous ne le sommes. Qu’il accepte nos propositions signifie seulement sa confiance.</p>
<p>Mais avons-nous les moyens de la mériter ? Alors que nos connaissances biologiques sont limitées ; et que la plupart d’entre elles s’expriment par des probabilités et non par la certitude que l’individu attend de la science ; alors que nous devons enfin tenir compte de ce que désire profondément celui qui nous fait face, mais qui, même s’il le voulait, demeure incapable de nous communiquer la totalité de ce qu’il est, veut devenir, et refuse d’être.</p>
<p>Le problème ne se poserait guère si nous limitions nos activités à des troubles majeurs, aigus, intolérables ou compromettant la vie à court terme. Mais lorsque le trouble est chronique, peu invalidant, lorsque le bénéfice thérapeutique, fût-il statistiquement significatif, est modeste et incertain, alors que la prise en charge médicale est plus qu’un traitement anodin de quelques jours, comment nous assurer que nos justifications biologiques ne seront pas débordées par une souffrance plus profonde ?</p>
<blockquote>
<h3>&#8230;sans même que l’intéressé ait pressenti le problème ou ait osé opposer la poussière de sa singularité à ce qu’il croit la montagne de notre science.</h3>
</blockquote>
<p>Celle-ci pourrait être due à ce que nous avons altéré l’individu, par la révélation d’un “risque” insoupçonné, ou par l’angoisse, ou par un effet latéral du traitement, etc., et l’avons empêché de poursuivre comme auparavant ses objectifs les plus fondamentaux ; et sans que nous en soyons parfois jamais informés, ou sans que nous en ressentions l’importance, ou sans que nous osions mettre cette altération en balance avec le dogme en cours.<br />
Si d’aventure nous l’apprenons, ce sera bien souvent trop tard pour revenir en arrière ; et tout ceci sans même que l’intéressé ait pressenti le problème ou ait osé opposer la poussière de sa singularité à ce qu’il croit la montagne de notre science.</p>
<p>Et comme il nous revient cependant de lui donner conseil, que pouvons-nous faire, sinon essayer patiemment de le comprendre, non seulement du point de vue médical, mais dans tout ce que la conversation nous permet de soupçonner de son être, dont nous sous-estimons cependant toujours la richesse, et compatir à ce que serait sa vie dans les diverses optiques évolutives et thérapeutiques envisageables, maintenant, et plus tard.</p>
<p>“Apprendre par la compassion” (le « durch Mitleid wissend » de Parsifal), n’est-il pas notre seule voie, quoiqu’imparfaite, pour compléter la connaissance biologique, et tenter de conseiller non plus “l’état biologique ”, mais la Personne entière, en tenant compte de ce que nous savons, et de ce que nous ignorons, et comme nous souhaiterions qu’on nous conseille. (&#8230;)</p>
<blockquote>
<h3>Un des mythes de notre profession semble être que pour un problème médical donné, il y a une réponse biologique correcte, que seul le médecin est capable de connaître et de délivrer.</h3>
</blockquote>
<p>Nous sommes hostile aux recettes systématiques, dès lors qu’on engage Autrui. Nous ne saurions mieux dire que T.A. Preston : « Un des mythes de notre profession semble être que pour un problème médical donné, il y a une réponse biologique correcte, que seul le médecin est capable de connaître et de délivrer.</p>
<p>En réalité, pour la plupart des problèmes médicaux, il y a plusieurs options (dont l’une consiste à ne rien faire), plus ou moins pertinentes, coûteuses, et risquées. L’option choisie reflète l’échelle de valeurs et les croyances du décideur. Quand le médecin prend seul la décision, l’intéressé est mal servi&#8230; » (b). Nous avons donc cherché à délimiter des plages de choix raisonnables, sans douter que c’est encore en dehors d’elles que quelques personnes trouveront le service qu’elles attendent de nous.</p>
<p>Nous n’avons pas évité l’incertitude, lorsqu’elle nous apparaissait la seule vérité disponible. Nous avons tenté de renoncer au pari conscient que l’information manquante serait conforme à l’hypothèse du jour, méthode pourtant tout aussi valable qu’un oracle antique, ou que ce que nous connaissions était plus important que ce que nous ignorons encore.</p>
<blockquote>
<h3>Pour aider Autrui, nous avons besoin de la science et de la compassion.</h3>
</blockquote>
<p>Nous ne réfléchirons jamais assez au but profond de la médecine, qui n’est pas la science, mais d’aider Autrui dans ses problèmes de santé. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par les proclamations scientifiques : nous ne pouvons écouter celui qui, en médecine, met toujours en avant la science comme un grand scientifique, mais non comme un véritable médecin.</p>
<p>Pour aider Autrui, nous avons besoin de la science et de la compassion. Trop se servir de la science, ou s’en servir trop peu, c’est toujours mal s’en servir. Quant à la compassion, qui craindrait de trop en user prouverait, par là même, qu’il est singulièrement loin du compte.</p>
<hr />Une autre formulation de cette problématique, plus synthétique, a été publiée par La Revue Prescrire en 1999 : <a href="http://www.esculape.com/cqfd/decision_partagee.html" target="_blank">http://www.esculape.com/cqfd/decision_partagee.html</a></div>
<div>
<h3>Notes</h3>
</div>
<p><!-- Signatures petition  --></p>
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		<title>Claude Bernard et la Complexité</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Jun 2009 07:36:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Dupagne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles généraux]]></category>

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		<description><![CDATA[Claude Bernard, dans sa célèbre Introduction à la médecine expérimentale (1865) pressentait, comme Xavier Bichat, le danger d&#8217;appliquer le réductionnisme à la médecine et d&#8217;ouvrir trop grande la porte aux statistiques.
Ses mises en garde n&#8217;ont pas été écoutées, ou ne le sont plus, tant nous avons été grisés par les progrès thérapeutiques phénoménaux  qu&#8217;ont permis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright size-full wp-image-77" title="cl-bernard-portrait4" src="http://www.someplexe.org/wp-content/uploads/2009/06/cl-bernard-portrait4.gif" alt="cl-bernard-portrait4" width="242" height="259" />Claude Bernard, dans sa célèbre <em>Introduction à la médecine expérimentale</em> (1865) pressentait, comme Xavier Bichat, le danger d&#8217;appliquer le réductionnisme à la médecine et d&#8217;ouvrir trop grande la porte aux statistiques.</p>
<p>Ses mises en garde n&#8217;ont pas été écoutées, ou ne le sont plus, tant nous avons été grisés par les progrès thérapeutiques phénoménaux  qu&#8217;ont permis les statistiques appliquées à la recherche médicale.</p>
<p>A l&#8217;heure où la science médicale semble buter sur un plafond invisible, alors que nous nous interrogeons sur les apports possible de la Complexité, il est intéressant de relire ce grand précurseur[1. Textes issus du site de la <a href="http://pagesperso-orange.fr/scmsa/">Société de Calcul Mathématique</a>.]</p>
<blockquote>
<p align="justify">Une autre forme d&#8217;application très fréquente des mathématiques à la biologie se trouve dans l&#8217;usage des moyennes ou dans l&#8217;emploi de la statistique qui, en médecine et en physiologie, conduisent pour ainsi dire nécessairement à l&#8217;erreur. Il y a sans doute plusieurs raisons pour cela ; mais le plus grand écueil de l&#8217;application du calcul aux phénomènes physiologiques, est toujours au fond leur trop grande complexité qui les empêche d&#8217;être définis et suffisamment comparables entre eux.</p>
<p align="justify">L&#8217;emploi des moyennes en physiologie et en médecine ne donne le plus souvent qu&#8217;une fausse précision aux résultats en détruisant le caractère biologique des phénomènes. On pourrait distinguer, à notre point de vue, plusieurs espèces de moyennes : les moyennes physiques, les moyennes chimiques et les moyennes physiologiques ou pathologiques. Si l&#8217;on observe, par exemple, le nombre des pulsations et l&#8217;intensité de la pression sanguine par les oscillations d&#8217;un instrument hémométrique pendant toute une journée et qu&#8217;on prenne la moyenne de tous ces chiffres pour avoir la pression vraie ou moyenne du sang, ou pour connaître le nombre vrai ou moyen de pulsations, on aura précisément des nombres faux. En effet, la pulsation diminue de nombre et d&#8217;intensité à jeun et augmente pendant la digestion ou sous d&#8217;autres influences de mouvement ou de repos ; tous ces caractères biologiques du phénomène disparaissent dans la moyenne.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">Ce serait une grande illusion du médecin que de croire qu&#8217;il connaît les maladies pour leur avoir donné un nom, pour les avoir classées et décrites, de même que ce serait une illusion du zoologiste et du botaniste que de croire qu&#8217;il connaissent les animaux et les végétaux parce qu&#8217;ils les ont dénommés, catalogués, disséqués et renfermés dans un musée après les avoir empaillés, préparés ou desséchés. Un médecin ne connaîtra les maladies que lorsqu&#8217;il pourra agir rationnellement et expérimentalement sur elles ; de même le zoologiste ne connaîtra les animaux que lorsqu&#8217;il expliquera et réglera les phénomènes de la vie. En résumé, il ne faut pas devenir les dupes de nos propres œuvres ; on ne saurait donner aucune valeur absolue aux classifications scientifiques, ni dans les livres ni dans les académies.</p>
<p align="justify">Ceux qui sortent des cadres tracés sont les novateurs, et ceux qui y persistent aveuglément s&#8217;opposent aux progrès scientifiques. L&#8217;évolution même des connaissances humaines veut que les sciences expérimentales soient le but, et cette évolution exige que les sciences de classification qui les précèdent perdent de leur importance à mesure que les sciences expérimentales se développent.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">De l&#8217;emploi du calcul dans l&#8217;étude des phénomènes des êtres vivants ; des moyennes et de la statistique</p>
<p align="justify">Dans les sciences expérimentales, la mesure des phénomènes est un point fondamental, puisque c&#8217;est par la détermination quantitative d&#8217;un effet relativement à une cause donnée que la loi des phénomènes peut être établie. Si en biologie on veut arriver à connaître les lois de la vie, il faut donc non seulement observer et constater les phénomènes vitaux, mais de plus il faut fixer numériquement les relations d&#8217;intensité dans lesquelles ils sont les uns par rapport aux autres.</p>
<p align="justify">Cette application des mathématiques aux phénomènes naturels est le but de toute science, parce que l&#8217;expression de la loi des phénomènes doit toujours être mathématique. Il faudrait pour cela, que les données soumises au calcul fussent des résultats de faits suffisamment analysés, de manière à être sûr qu&#8217;on connaît complètement les conditions des phénomènes entre lesquels on veut établir une équation. Or je pense que les tentatives de ce genre sont prématurées dans la plupart des phénomènes de la vie, précisément parce que ces phénomènes sont tellement complexes, qu&#8217;à côté de quelques-unes de leurs conditions que nous connaissons, nous devons non seulement supposer, mais être certain, qu&#8217;il en existe une foule d&#8217;autres qui nous sont encore absolument inconnues. Je crois qu&#8217;actuellement la voie la plus utile à suivre pour la physiologie et pour la médecine est de chercher à découvrir des faits nouveaux, au lieu d&#8217;essayer de réduire en équations ceux que la science possède. Ce n&#8217;est point que je condamne l&#8217;application mathématique dans les phénomènes biologiques, car c&#8217;est par elle seule que, dans la suite, la science se constituera ; seulement j&#8217;ai la conviction que l&#8217;équation générale est impossible pour le moment, l&#8217;étude qualitative des phénomènes devant nécessairement précéder leur étude quantitative.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">On fait aussi très souvent usage des moyennes chimiques. Si l&#8217;on recueille l&#8217;urine d&#8217;un homme pendant vingt-quatre heures et qu&#8217;on mélange toutes les urines pour avoir l&#8217;analyse de l&#8217;urine moyenne, on a précisément l&#8217;analyse d&#8217;une urine qui n&#8217;existe pas ; car à jeun l&#8217;urine diffère de celle de la digestion, et ces différences disparaissent dans le mélange. Le sublime du genre a été imaginé par un physiologiste qui, ayant pris de l&#8217;urine dans un urinoir de la gare de chemin de fer où passaient des gens de toutes les nations, crut pouvoir donner ainsi l&#8217;analyse de l&#8217;urine moyenne européenne ! A côté de ces moyennes physiques et chimiques, il y a les moyennes physiologiques ou ce qu&#8217;on pourrait appeler les descriptions moyennes de phénomènes qui sont encore plus fausses. Je suppose qu&#8217;un médecin recueille un grand nombre d&#8217;observations particulières sur une maladie, et qu&#8217;il fasse ensuite une description moyenne de tous les symptômes observés dans les cas particuliers ; il aura ainsi une description qui ne se trouvera jamais dans la nature.</p>
<p align="justify">Les moyennes, dans les cas où nous venons de les considérer, doivent donc être repoussées, parce qu&#8217;elles confondent en voulant réunir et faussent en voulant simplifier. Les moyennes ne sont applicables qu&#8217;à la réduction de données numériques variant très peu et se rapportant à des cas parfaitement déterminés et absolument simples.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">Quant à la statistique, on lui fait jouer un grand rôle en médecine, et dès lors elle constitue une question médicale qu&#8217;il importe d&#8217;examiner ici. La première condition pour employer la statistique, c&#8217;est que les faits auxquels on l&#8217;applique soient exactement observés afin de pouvoir être ramenés à des unités comparables entre elles. Or, cela ne se rencontre pas le plus souvent en médecine. Tous ceux qui connaissent les hôpitaux savent de quelles causes d&#8217;erreurs grossières ont pu être empreintes les déterminations qui servent de base à la statistique. Très souvent le nom des maladies a été donné au hasard, soit parce que le diagnostic était obscur, soit parce que la cause de mort a été inscrite sans y attacher aucune importance scientifique, par un élève qui n&#8217;avait pas vu le malade, ou par une personne de l&#8217;administration étrangère à la médecine. Sous ce rapport, il ne pourrait y avoir de statistique pathologique valable que celle qui est faite avec des résultats recueillis par le statisticien lui-même.</p>
<p align="justify">Mais dans ce cas même, jamais deux malades ne se ressemblent exactement ; l&#8217;âge, le sexe, le tempérament, et une foule d&#8217;autres circonstances apporteront toujours des différences, d&#8217;où il résulte que la moyenne ou le rapport que l&#8217;on déduira de la comparaison des faits sera toujours sujet à contestation. Mais, même par hypothèse, je ne saurais admettre que les faits puissent jamais être absolument identiques et comparables dans la statistique, il faut nécessairement qu&#8217;ils diffèrent par quelque point, car sans cela la statistique conduirait à un résultat scientifique absolu, tandis qu&#8217;elle ne peut donner qu&#8217;une probabilité, mais jamais une certitude. J&#8217;avoue que je ne comprends pas pourquoi on appelle lois les résultats qu&#8217;on peut tirer de la statistique ; car la loi scientifique, suivant moi, ne peut être fondée que sur une certitude et sur un déterminisme absolu et non sur une probabilité. Ce serait sortir de mon sujet que d&#8217;aller m&#8217;égarer dans toutes les explications qu&#8217;on pourrait donner sur la valeur des méthodes de statistique fondées sur le calcul des probabilités ; mais cependant il est indispensable que je dise ici ce que je pense de l&#8217;application de la statistique aux sciences physiologiques en général, et à la médecine en particulier.</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p align="justify">La statistique ne saurait donc enfanter que les sciences conjecturales ; elle ne produira jamais les sciences actives et expérimentales, c&#8217;est-à-dire les sciences qui règlent les phénomènes d&#8217;après les lois déterminées. On obtiendra par la statistique une conjecture avec une probabilité plus ou moins grande, sur un cas donné, mais jamais une certitude, jamais une détermination absolue.</p>
<p align="justify">Sans doute la statistique peut guider le pronostic du médecin, et en cela elle lui est utile. Je ne repousse donc pas l&#8217;emploi de la statistique en médecine, mais je blâme qu&#8217;on ne cherche pas à aller au-delà et qu&#8217;on croie que la statistique doive servir de base à la science médicale ; c&#8217;est cette idée fausse qui porte certains médecins à penser que la médecine ne peut être que conjecturale, et ils en concluent que le médecin est un artiste qui doit suppléer à l&#8217;indéterminisme des cas particuliers par son génie, par son tact médical. Ce sont là des idées antiscientifiques contre lesquelles il faut s&#8217;élever de toutes ses forces, parce que ce sont elles qui contribuent à faire croupir la médecine dans l&#8217;état où elle est depuis si longtemps.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">Les bibliothèques pourraient encore être considérées comme faisant partie du laboratoire du savant et du médecin expérimentateur. Mais c&#8217;est à la condition qu&#8217;il lise, pour connaître et contrôler sur la nature, les observations, les expériences ou les théories de ses devanciers, et non pour trouver dans les livres des opinions toutes faites qui le dispenseront de travailler et de chercher à pousser plus loin l&#8217;investigation des phénomènes naturels. L&#8217;érudition mal comprise a été et est encore un des plus grands obstacles à l&#8217;avancement des sciences expérimentales. C&#8217;est cette fausse érudition qui, mettant l&#8217;autorité des hommes à la place des faits, arrêta la science aux idées de Galien pendant plusieurs siècles sans que personne osât y toucher, et cette superstition scientifique était telle, que Mundini et Vésale, qui vinrent les premiers contredire Galien en confrontant ses opinions avec leurs dissections sur nature, furent considérés comme des novateurs et comme de vrais révolutionnaires.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">Je n&#8217;admets donc pas qu&#8217;il puisse y avoir dans les sciences des hommes qui fassent leur spécialité de la critique, comme il y en a dans les lettres et dans les arts. La critique dans chaque science, pour être vraiment utile, doit être faite par les savants eux-mêmes et par les maîtres les plus éminents.</p>
<p align="justify">Le point de vue expérimental est le couronnement d&#8217;une science achevée, car il ne faut pas s&#8217;y tromper, la science vraie n&#8217;existe que lorsque l&#8217;homme est arrivé à prévoir exactement les phénomènes de la nature et à les maîtriser. La constatation et le classement des corps ou des phénomènes naturels ne constituent point la science complète. La vraie science agit et explique son action ou sa puissance : c&#8217;est là son caractère, c&#8217;est là son but.</p>
</blockquote>
<p align="justify">
<blockquote>
<p align="justify">L&#8217;esprit de l&#8217;homme suit une marche logique et nécessaire dans la recherche de la vérité scientifique. Il observe des faits, les rapproche, en déduit des conséquences qu&#8217;il contrôle par l&#8217;expérience pour s&#8217;élever à des propositions ou à des vérités de plus en plus générales. Il faut sans doute que dans ce travail successif le savant connaisse ce qu&#8217;ont fait ses devanciers et en tienne compte. Mais il faut qu&#8217;il sache bien que ce ne sont là que des points d&#8217;appui pour aller ensuite plus loin, et que toutes les vérités scientifiques nouvelles ne se trouvent pas dans l&#8217;étude du passé, mais bien dans des études nouvelles faites sur la nature, c&#8217;est-à-dire dans les laboratoires. La littérature scientifique utile est donc surtout la littérature scientifique des travaux modernes afin d&#8217;être au courant du progrès scientifique, et encore ne doit-elle pas être poussée trop loin, car elle dessèche l&#8217;esprit, étouffe l&#8217;invention et l&#8217;originalité scientifique.</p>
</blockquote>
<p align="justify">Bien sûr, quand Claude Bernard écrit ces lignes au milieu du 19e siècle, il sous-estime l&#8217;apport considérable de la statistique associée aux groupes contrôles ou au double aveugle. Il ne s&#8217;agit pas, encore une fois, de nier le bond considérable permis par cette approche rigoureuse.</p>
<p align="justify">Mais il est visionnaire quand il décrit avec une précision étonnante les limites de la mathématique, du calcul, de la moyenne, de la statistique dans l&#8217;étude des choses de la vie. Il nous pousse à dépasser en permanence nos méthodes pour en trouver de nouvelles. Il nous met en garde contre la réduction et la disjonction : &laquo;&nbsp;&#8230;ce serait une illusion du zoologiste et du botaniste que de croire qu&#8217;il connaissent les animaux et les végétaux parce qu&#8217;ils les ont dénommés, catalogués, disséqués et renfermés dans un musée après les avoir empaillés, préparés ou desséchés.&nbsp;&raquo; La Complexité moderne ne dit rien d&#8217;autre : c&#8217;est une illusion de croire que l&#8217;on connaît la maladie et la médecine à partir d&#8217;échantillons, de protocoles altérant les fonctionnements spontanés, de calculs aussi savants soient-ils.</p>
<p align="justify">La simple remise en forme de la parole des patients par les médecins réalisant des essais cliniques[2. Voir à ce sujet les "<a href="http://knol.google.com/k/dominique-dupagne/essai-fond-sur-la-prfrence-du-patient/3cicv6vyqos68/4#">essais cliniques fondés sur la préférence du patient</a>".] suffit à appauvrir considérablement son contenu sémantique. Mais les autres réductions et disjonctions que nécessitent la science &laquo;&nbsp;objective&nbsp;&raquo; suffit à en limiter considérablement la portée.</p>
<p align="justify"><strong>Notes</strong></p>
<p align="justify">
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